TRES CANTOS A PANDORA

2007

Mezzo-soprano et trio à cordes pincées
mandoloncelle, guitare et harpe

TEXTE • sur des textes de Tono Martinez et des annotations techniques d’Abel Robino

DURÉE • 18 minutes

ÉDITEUR •  Édité par le compositeur

COMMANDE • Trio Polycordes

Ces « Trois Chants » font partie d’un projet qui en comprend douze d’où la numérotation qui peut paraître, de prime abord, arbitraire. J’ai inclus dans le numéro V une liste non exhaustive de camps de concentration, de transit , lieux de détention illégaux, Goulags…

 

Cette terrible litanie, diffusée par des haut-parleurs cachés dans la robe de la mezzo, peut , le cas échéant, être dite en direct. Dans ce cas le récitant , ou l’enregistrement, doivent se percevoir hors champ, comme une intrusion, une pollution de l’espace artistique.

 

J’ai choisi de mettre en musique ces textes en gardant les annotations de travail d’Abel Robino, qui est à l’origine des six « boîtes » cahiers qui sont à l’origine de l’ensemble de ce projet. Pour le second de ces trois chants, j’ai préféré travailler sur le texte en allemand.

 

Luis Naón

 

 

Textes

 

III
La boîte de Pandore est le costume de verre qui nous couvre, comme une pluie qui voyage depuis le début des temps, nous emportant dans les airs, en minuscules particules, parcourant névés et cordillères, rivières, forêts, deltas renversés sur des villes peuplées, vers le haut et le bas, le dehors et le dedans, comme une toute petite région ou un espace qui a oublié son nom.

 

Note : forme de cercueil, forme fermée

 

V
La boîte de Pandore est une maison hermétiquement fermée et obscure qui garde toute la douleur du monde, ses injustices. Ici tout demeure en condensé, vif, récupéré, toujours au présent. Ici sont les conversations des parents et amis qui se disent au revoir avant que leur ville ne soit rasée et conquise par la horde exterminatrice du nouveau conquistador. Ici sont les enfants qui dorment et qui ne savent pas ce qui les attend. Ici sont toutes les victimes de l’Histoire avec majuscule, dans son avancée imparable : les torturés, déportés, persécutés, condamnés, fusillés, brûlés, enterrés, incinérés et oubliés. Maintenant, nous sommes en février 1944, à Auschwitz-Birkenau, sur la vieille terre des rois et ducs de Piast, fondateurs de la Pologne.. Ici sont deux garçons, nus et transis, qui se serrent dans les bras, terrorisés, alors que le gaz asphyxie leurs poumons et ils pensent au goût de cette sueur sèche et sale qu’ils partagent, qui était aussi le goût de l’été. Grâce à la boîte de Pandore, jusqu’à eux nous étendons la main, pour les toucher et les tirer jusqu’à nous, jusqu’ici, en cet instant, grâce à un pli du temps et de l’espace que notre art inaugure et permet.

 

Note : forme concentrée, la souligner avec des tâches obscures

 

IX
La boîte de Pandore n’a pas de formes et les a toutes. C’est un nuage. Il se déplace.
Le nuage est un miroir dans l’air. Le miroir se lézarde et c’est une rivière. Elle se déplace aussi, jusqu’à la mer de la Tranquilité. La mer de la Tranquilité est sur la lune. « Dans le ciel va la lune / avec un enfant à la main », écrivit Federico García Lorca dans son Romancero.

 

Note : ouvrir le croquis jusqu’à presque perdre le concept –structure-boîte